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Apprendre le latin en sauvant le monde

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Le latin peut difficilement s’apprendre ailleurs que dans les livres, contrairement à toutes les langues vivantes. Pourtant, tout le monde observe bien que l’interaction avec l’élève dans la langue étudiée est un facteur important de progrès en langues. Aux US, un professeur de latin a donc développé un programme pour que ses étudiants pratiquent le latin d’une manière bien particulière.

Le projet APXAIA

Kevin Ballestrini enseigne un cours d’introduction au latin dans une école du Connecticut. Il cherchait à plus impliquer ses élèves dans ses cours de langue morte, mais il ne pouvait pas passer l’année en voyage de classe dans les ruines romaines…

Le professeur aujourd’hui arrive donc aux premiers cours de latin de chaque classe en annonçant que, cette année, ils auront pour mission de sauver le monde. Il les envoie alors sur un forum internet, APXAI (en alphabet grec, lire Arkhaia), qui est en fait un TSTT, “Texto-Spatio-Temporal Transmitter”.

Les élèves découvrent là que les dieux ont donné aux hommes le Lapis Saeculorum, mais cette pierre risque de tomber dans les mauvaises mains, menaçant de détruire la Rome Antique comme le monde moderne.

L’élève se retrouve dans la région de Pompéi, en 79 (peu avant l’éruption du Vésuve) dans un monde virtuel :

“Vous vous tenez sur une route, sous le soleil italien. Au loin se dresse une montagne si parfaitement dessinée qu’elle ne peut être qu’un volcan. Au bord de la route, il y a un arbre. Perché dans l’arbre se trouve un garçon. Et sous l’arbre, un homme menaçant. L’homme fixe le garçon de façon menaçante et lui dit “Ubi est lapis?”.”

Les textes décrivent surtout des situations et des actions, et quand cela implique des notions que l’élève n’a pas encore étudié, le texte est en anglais. Mais les personnages s’adresse au joueur en latin, et c’est alors à lui de répondre dans la langue de Cicéron !

En cas de difficulté, le programme est construit avec un codex qui donnera les indices nécessaires sur les notions de vocabulaire et de grammaire nécessaires pour qu’il comprenne l’action et puisse agir. L’élève découvre ainsi les notions nécessaires à la compréhension du latin, mais aussi pour pouvoir s’exprimer en latin. De plus, pour pouvoir avancer dans le jeu, il devra aller se renseigner de lui-même sur différents élèments de la vie quotidienne des romains : la nourriture, les vêtements, l’intérieur des maisons…

Les élèves sont réunis en équipe pour jouer, mais chaque élève est responsable de ses actes lors de la notation. Ils gagnent des “Points de Latinité” qui se convertissent en note lors d’un entretien avec le professeur.

Le succés du jeu

Ballestrini a expérimenté son programme en 2010 sur sa première classe, et son expérience a tenté bien d’autres professeurs. Aujourd’hui, le Groupe Pericles aide près de 30 classes dans leur apprentissage du latin avec son programme “Practomime”.

Auprès des élèves aussi le cours a du succès. Contrairement à l’enseignement des langues habituels aux Etats-Unis, l’apprentissage ne commence pas par des mots, puis apprendre à stucturer les phrases, puis apprendre à faire la phrase : dès le début le joueur doit répondre aux personnages du jeu en latin. On se rapproche ainsi de l’apprentissage de la langue maternelle. La pratique du latin tous les jours du fait des nouvelles annonces sur le forum favorise la mémorisation des leçons.

Pour le professeur, le fait que le jeu et le travail d’équipe se fasse entièrement sur ordinateur permet au professeur de contrôler les actions de chacun des membres, facilitant une évaluation individualisée. Les équipes sont là avant tout pour encourager les élèves les plus forts à venir en aide aux autres. La gamification s’avère de plus en plus populaire et indispensable pour rendre plus efficiente les situations d’apprentissage. Les initiatives Codecademy et Khanacademy sont les figures les plus connues de cette démarche montante.